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Ce sont les épisodes de Dakar et de Syrie, où la stratégie de guerre civile visant à donner au général une légitimité longtemps problématique amène à faire combattre des Français contre d’autres Français. C’est l’Epuration offerte aux communistes, qui ira jusqu’à écoeurer le colonel Passy, pourtant fondateur et chef des services secrets de la France libre. Plus tard, ce seront les crimes d’Etat de l’affaire algérienne : De Gaulle ordonnant à l’armée de ne pas secourir les pieds-noirs enlevés après les accords d’Evian, de mitrailler une foule pacifique de civils français à Alger, d’abandonner au massacre ceux qui se sont battus pour notre drapeau…
Pire peut-être encore par ses effets durables, le mensonge installé dans la mémoire. Quel manuel d’histoire révèle aujourd’hui aux lycénes la complexité des résistances françaises ? Y parle-t-on du général Frère, cet officier pétainiste qui condamna De Gaulle par contumace et fut en même temps un héros de la résistance, mort en déportation ?
Réviser le gaullisme n’est pas moins aimer la France. Ce n’est en rien rompre avec la conviction que la France peut par elle-même continuer à assumer un destin mondial. Cesser de chevaucher la chimère d’« une certaine idée », c’est revenir à l’essence d’une réalité.
Dès que l’on échappe à l’hypnose, les faits parlent d’eux-mêmes, telle cette confidence du général à son aide de camp, Claude Guy : « J’ai toujours pensé que le serais un jour à la tête de l’Etat. Oui, il m’a toujours semblé que ça allait de soi ». Un égotisme à ce point hypertrophié ne pouvait qu’engendrer le nihilisme du personnage, un amour factice de la France, l’amour d’une idée vide de Français, mais pleine de lui-même.
D’où la statolâtrie du général : son culte de l’enveloppe creuse, l’Etat, au détriment de la nation vivante et de son identité. D’où la mystification d’une France se résumant à un homme (« J’ai recréé la France à partir de rien »). De Gaulle ira jusqu’à inscrire cette prétention dans les ordonnances de l’été 44 instituant les cours de justice de l’Epuration : on jugera les actes commis à partir du jour où la général cesse d’appartenir au gouvernement, le 16 juin 1940. Avec un sens remarquable de la guerre civile, il a compris d’emblée que, sans la culpabilité de ceux qui sont restés, il n’y a point de légitimité pour celui qui est parti le lendemain pour Londres.
Ce qu’il y a de plus dérisoire sans doute aujourd’hui dans les vestiges du gaullisme, ce n’est pas tant le spectacle pathétique d’un souverainisme maniéré et clairsemé, agitateur d’abstractions grandiloquentes, que l’ignorance des véritables enjeux. Il ne suffit pas en effet d’avoir une idée de la France (identifiée chez De Gaulle à sa personne) pour être à la hauteur des défis du moment. Ce n’est pas nouveau. En son temps, le réalisme gaullien tant vanté ne mesura jamais les conséquences pour le pays d’une alliance politique avec l’URSS et le communisme, en rien comparable à « l’alliance » ottomane des Capétiens, car ceux-ci n’eurent jamais de parti ottoman à l’intérieur. On a vu le résultat en 1968… D’où le sous-titre du livre nullement manichéen de Dominique Venner. Cette hauteur-là ne voit pas loin ; elle a vue sur le néant.
Aymeric CHAUPRADE Géopoliticien et spécialiste du monde francophone Source : « La Nouvelle revue d’Histoire » n ° 14, sept.-oct. 2004.
Editions du Rocher 6, place Saint-Sulpice 75006 Paris
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